En vue 2017

08 11 2017

Derrière La Troisième Porte à Gauche, des questions collectives

Propos recueillis par Sébastien Gazeau


Derrière La Troisième Porte à Gauche, des questions collectives

Photo : DR

Derrière La Troisième Porte à Gauche se cache un collectif en quête d’un autre cinéma et d’un autre monde. La preuve en images avec Parti pris, diffusé durant le Mois du film documentaire, et en mots avec son coréalisateur, Christophe Leroy.

 
Qu’est-ce qui vous a amené à créer La Troisième Porte à Gauche ?
 
En rentrant d’un voyage en Afrique où Adrien Camus et moi avions suivi et filmé un convoyeur de voitures, nous avons commencé à chercher des fonds pour réaliser notre film. Jusqu’alors, l’envie de faire des films avait toujours pris le pas sur la question des moyens à réunir pour y parvenir. En allant de bureau en bureau dans le but de monter notre structure, on nous renvoyait toujours vers « la troisième porte à gauche, au fond du couloir »… Au bout d’un moment, on s’est dit qu’on allait arrêter de courir après des gens et un système.
 
Avec Adrien et Romain Boutin, qui est devenu batteur depuis, on a décidé d’ouvrir notre troisième porte à gauche et de trouver notre propre voie. C’était en 2005. Durant les 5 ou 6 ans qui ont suivi, on a tourné ce qui est devenu par la suite Jikoo, la chose espérée, Basse-cour, Lui m’appelle Kéba et Parti pris. Nous vivions du RMI, réinvestissions dans du matériel tout ce que nous gagnions en réalisant des films de commande au Sénégal.
 

"Avec Marthe, nous avons eu envie de jouer le jeu du collectif"

 
L’association s’est vraiment structurée en 2011 lorsque nous sommes rentrés à Bordeaux et que Marthe Poumeyrol nous a rejoints. Contrairement à nous qui venions des sciences sociales et humaines, Marthe avait fait des études de cinéma. Son implication a été déterminante dans notre évolution. Avec elle, nous avons eu envie de jouer le jeu de l’association, du collectif et de nous localiser.
 
 
Mais toujours avec le souci de suivre votre propre voie ?

Une des mes envies était de trouver les moyens de produire différemment. Comme les groupes Medvedkine, il fallait qu'on puisse être autonomes et faire les choses par nous-mêmes et pour nous-mêmes. D'où l'idée de créer une chaîne de production (ce qui est plus ou moins le cas aujourd’hui) avec un local son, un studio d'étalonnage (que l’on héberge mais qui appartient aux Films de l’écharpe), une salle de diffusion, une de montage, et de fédérer des techniciens. Essayer de faire un collectif, c'était l’idée.
 
 
Vous travaillez en association, ce qui est très rare dans le domaine de la production cinématographique…
 
Les associations sont mal vues dans le milieu du cinéma. Le CNC ou les collectivités préfèrent traiter avec des sociétés, comme si leur statut était un gage de professionnalisme. À mes yeux, l’association n’est pas un statut par défaut, au contraire. Je crois encore qu’il y a moyen d'inventer un système de production différent. Mais cela suppose que tout le monde s'implique et ait envie du collectif.
 
 
Combien de personnes prennent part à La Troisième Porte à Gauche ?

Sans compter les adhérents, avec les membres du bureau, on est 8 ou 10, avec des compétences et des implications variées. On fait beaucoup de choses : de l'éducation à l'image, des films de commande, un festival, des projections, mensuelles depuis cette année, de la production, de la réalisation…
 

C'est sans doute la difficulté de ce type de démarche et de structure : il faut être partout pour vivre, avec le risque de se disperser et de s’épuiser…

C'est une nécessité d’avoir plusieurs cordes à son arc, mais aussi un goût. Ce qui fait sens pour chacun d'entre nous, c'est d'avoir une pratique multiple du cinéma. C'est une chance et un plaisir parce que tout s'enrichit mutuellement. Tout nous nourrit. Le festival, par exemple, est à la fois dévorant et hyper-enrichissant.


"Une productrice nous a qualifiés de « descendants » de Jean Rouch"



Quel est ce festival, Les passagers du réel, dont la première édition s’est déroulée à Bordeaux en février 2017 ?

L’envie de ce festival, situé au croisement du documentaire de création et des sciences humaines, est venue avec les projections que nous faisons depuis quelques années dans notre local. Le festival concentre notre envie de diffuser des films, de parler de cinéma et de faire de l'éducation à l'image. C’est aussi l’occasion de regarder des films, de lire, de devenir spécialiste d’un sujet. La première édition portait sur Jean Rouch. Une productrice que nous avions rencontrée pour Jikoo nous avait qualifiés de « descendants » de Jean Rouch, alors que nous n’avions encore jamais vu ses films ! Maintenant, je connais son travail sur le bout des doigts.
 

La visibilité que vous avez acquise avec le festival a-t-elle eu des incidences sur le fonctionnement de l'association ?

Ça a été un vrai moment de collectif et le festival a très bien marché. On a compris qu'il fallait asseoir ce type d'action si on voulait exister et bénéficier d'aides publiques. Ça ouvre cet horizon pour nous, mais est-ce qu'on a envie d'aller dans cette direction ? Oui, parce qu'on prépare une deuxième édition. Mais si on veut tenir, il va falloir trouver quelqu'un qui puisse être payé pour faire ce travail. Cela veut dire changer d'échelle. Et pour être honnête, ça nous pose beaucoup de questions.
 

La La Troisième Porte à Gauche, 72 bis rue des Menuts, 33000 Bordeaux.
Troisiemeporteagauche.com

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