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26 05 2016

Dans le secret des librairies…

Propos recueillis par Catherine Lefort


Dans le secret des librairies…

Coline Hugel est présidente de l’Association des Librairies Atlantiques dont l’objet est la défense de la librairie indépendante et l’accompagnement des libraires dans leur métier. Deux actualités marquent le printemps de l’association : « Pépites en stock » une nouvelle manifestation et, fusion des régions oblige, le rapprochement avec ses homologues du Limousin et de Poitou-Charentes. Échanges avec Coline Hugel, par ailleurs gérante de La Colline aux livres à Bergerac (Dordogne).

Pepites-en-stock-ColineCatherine Lefort – L’Aquitaine se livre est morte, vive Pépites en stock ! pourrait être votre devise ?
 
Coline Hugel – Depuis 10 ans, L’Aquitaine se livre proposait à chaque mois de mai une série de rencontres – en majorité des rencontres-lectures – pour mettre en lumière des auteurs et des éditeurs d’Aquitaine. Cette manifestation a peu à peu perdu de son souffle, même si dans les deux  dernières années, nous y avions intégré la musique en partenariat avec la FEPPIA1, lui donnant un caractère plus festif, avec des mini-concerts. Nous ressentions la nécessité de sortir de la rencontre classique, que les libraires organisent par ailleurs tout au long de l’année. Il fallait donc rompre avec ce principe. Mais pour faire quoi à la place ?
Ce qui a nourri notre imagination est une manifestation organisée à la Librairie La Machine à lire par l’association 9-33 dédiée à la BD2 – intitulée « La librairie des échanges » – dont le principe est d’inviter des auteurs de BD à piocher dans les rayons de la librairie, quels qu’ils soient : littérature, polar… et à les faire parler de leurs coups de cœur, des livres qui les ont forgés.
Ça a tellement bien marché que nous nous sommes inspiré de ce principe avec dans l’idée de valoriser les fonds des librairies, de les faire vivre. Il permet aussi à chacune des librairies partenaires de s’en emparer, de l’adapter à sa manière ; du coup, l’inventivité du libraire est sollicitée et même bienvenue. Puis, il a fallu trouver un nom à cette manifestation – ce qui n’a pas été une mince affaire –, mais la notion de « pépite » s’est imposée et en stock parce que l’on comprend bien de quoi il retourne.
Je suis très contente car 18 rencontres ont lieu pour cette première édition : par exemple, La Librairie Georges à Talence invite l’auteur de polarPepites-en-stock-Affiche Hervé Le Corre à venir se saisir dans le fonds de la librairie des ouvrages importants à ses yeux dans la collection Rivages noir, qui par ailleurs fête ses 30 ans d’existence ; des éditeurs sont sollicités : Delphine Montalant à la librairie de Corinne à Soulac, Olivier Desmettre nouvel éditeur et fondateur des éditions Do3, va parler des livres du fonds de La Maison des feuilles à Nérac qui lui sont particulièrement chers ; parfois ce sont les libraires eux-mêmes qui évoqueront leurs livres préférés comme chez Comptines (qui organise par ailleurs une chasse aux pépites dans la librairie avec un cadeau à gagner à la clé) ; parfois ce sont les fidèles lecteurs et clients de la librairie qui sont invités à partager des coups de cœur comme à la librairie Livresse de Villeneuve-sur-Lot ou à Caractères de Mont-de-Marsan ou à la Librairie Georges de Talence. Bien d’autres exemples originaux sont à découvrir… comme les « pépites basques » autour des éditions Pimientos à la librairie Louis XIV de Saint-Jean-de-Luz ou encore la dégustation d’une « pépite japonaise » chez Darrieumerlou à Bayonne…
La Colline aux livres ouvre les festivités ce mardi 24 mai avec un « Speedbooking », à l’image du speedating, où les lecteurs de la librairie sont conviés à présenter en face à face leurs coups de cœur.
 
C.L. – Parlons maintenant du projet de rapprochement des Librairies Atlantiques avec vos homologues du Limousin et de Poitou-Charentes… Les trois associations ont signé en mars dernier une déclaration d’intention en vue de la création d’une seule structure de libraires indépendants à l’échelle de la grande région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes à échéance du 1er trimestre 2017. Comment les choses se déroulent-elles ?
 
C.H. – Les représentants des associations se sont rencontrés plusieurs fois pour mettre à plat l’existant : les structures, les personnes, les missions…
D’un point de vue structurel et opérationnel, on a pu observer de grandes différences.
Limousin et Poitou-Charentes sont de jeunes associations – entre 4 et 5 ans –, les Librairies Atlantiques ont plus de 25 ans d’existence. Même chose, si l’on considère le nombre d’adhérents-libraires : 13 en Limousin, 35 en Poitou-Charentes et 50 en Aquitaine. Sur les forces vives : pas de permanent en Limousin, une permanente à temps partiel et intermittente en Poitou-Charentes et 2 salariés en Aquitaine.
Nous ne sommes pas dans les mêmes schémas, les mêmes forces, ni les mêmes implications, c’est un constat. Cette différence d’échelle a pu générer quelques craintes : la première étape pour nous Librairies Atlantiques est de rassurer les personnels et les adhérents, c’est pourquoi de nouvelles réunions vont se tenir en juin pour se présenter et échanger. Je suis optimiste sur notre capacité à nous retrouver sur un projet commun, l’entente est déjà très bonne.
Je vois dans ce rapprochement des points très positifs, ne serait-ce que parce qu’il oblige à remettre à plat tout ce qui a été réalisé depuis plusieurs années. Les échanges entre nous, l’arrivée de « sang neuf » apportent de nouvelles visions, de nouvelles approches de notre métier. Dès à présent, je perçois des complémentarités très intéressantes.
Chaque ancienne région a ses particularités : le Limousin édite une revue de très bonne qualité, tant dans les contenus que dans la mise en page, c’est quelque chose qu’il serait intéressant de développer ; le Poitou-Charentes mène un travail formidable sur les tournées d’auteurs, notamment de mutualisation des venues d’auteurs ; le dispositif « Jeunes en librairie » en Aquitaine qui consiste en la rencontre d’une classe et d’un libraire, assorti de bons d’achat de livres est notre point fort, nous souhaiterions l’étendre dans la grande région, particulièrement auprès des lycées agricoles. Ce sont trois missions qu’il serait intéressant d’étendre sur le territoire de la nouvelle région.

C.L. – Et du côté de la défense de la librairie indépendante…
 
C.L. – Je n’ai pas d’inquiétudes sur ce point, les trois associations ont une charte déontologique assez similaire que nous allons harmoniser : ce travail est d’ailleurs bien avancé.
 
En revanche, la grande question qui se pose à nous est comment nous allons nous déployer sur une région aussi immense…
Nous avons déjà entamé des discussions sur la question budgétaire auprès de nos partenaires institutionnels : Conseil régional et ministère de la Culture (DRAC). Nous espérons qu’ils nous soutiendront proportionnellement au nouveau territoire… Notre objectif est de pouvoir conserver au moins le personnel existant sur les trois régions – soit les deux emplois en Aquitaine et le mi-temps en Poitou-Charentes –, pour pouvoir assurer les missions sur la Grande Région.
Nous sommes assez confiants, d’une part parce que la Région Aquitaine nous a toujours soutenu depuis les débuts de l’association, et d’autre part, parce que l’association, leurs adhérents, le CA (conseil d’administration) et les permanentes sont très actifs. Nous avons une capacité réelle à proposer un projet et à le mener à bien. À cet égard, les trois associations sont parties prenantes et y travaillent ardemment. En phase d’écriture, le projet doit être remis aux instances régionales avant l’été.
 
C.L. – Vous avez lancé une plate-forme de vente de livres sur le site de l’association en 2014. Sur le numérique, quel est le projet ?
 
C.L. – En Aquitaine comme en Poitou-Charentes, les libraires ont également investi Internet grâce à des plate-formes communes aux librairies adhérentes. Ces sites Internet permettent aux clients de savoir quelles librairies les plus proches de chez eux ont en stock le livre qu’ils cherchent.
En Aquitaine, nous avons mis en place le site librairiesatltantiques.com depuis presque 2 ans et les réservations se font de plus en plus nombreuses. L’association régionale de Poitou-Charentes a également lancé son site libraires-poitou-charentes.fr. C’est un service gratuit pour le client et qui permet de montrer que les librairies indépendantes maillent tout le territoire. Ça permet aussi de créer du lien entre les libraires, et de renvoyer des clients chez les confrères pour les servir plus rapidement. Et ça marche ! La centralisation de toutes ces librairies autour d’une plate-forme unique est également un chantier du rapprochement avec nos homologues du Limousin et de Poitou Charentes.
 
1. FEPPIA : fédération des éditeurs et producteurs phonographiques indépendants d’Aquitaine – www.feppia.org/website/labels
2. L’association 9-33 a pour vocation la promotion de la BD – http://9-33.fr
3. Éditions Do, voir entretien http://eclairs.aquitaine.fr/les-editions-do-sont-la.html

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