Littérature et cinéma. Et plus si affinités…

Créer autrement, la polymorphie de l’œuvre

Créer autrement, la polymorphie de l’œuvre

Photo : Laurène Dauvillier

Propos recueillis par Delphine Sicet


Entretien avec Loïc Dauvillier

Auteur de bande dessinée, Loïc Dauvillier compte une cinquantaine d'ouvrages à son actif. Monsieur Lapin, fort de 3 tomes illustrés par Baptiste Amsallem, est publié aux éditions Les Ronds dans l'O. C'est une bande dessinée en direction des 3-5 ans, sensible et drôle, née d'une histoire personnelle, puis développée à partir d'échanges avec un petit garçon, Arsène.
Loïc Dauvillier s'est lancé dans son adaptation audiovisuelle en 24 épisodes1, en étroite co-réalisation avec Jérôme D'Aviau, lui-même auteur de bande dessinée.
Delphine Sicet – Comment avez-vous rencontré votre maison de production ?
 
Loïc Dauvilliers – Avec Jérôme, une de nos priorités était de travailler en Aquitaine. C'est né à la fois d'un besoin de proximité mais aussi de valorisation des compétences locales. Nous avons rencontré les professionnels d'Écla Aquitaine et présenté notre projet d'animation, en leur expliquant  notre désir de mettre l'humain au cœur de notre projet. Ils nous ont proposé une liste de maisons de production pouvant correspondre à notre démarche. MarmitaFilms ne faisait pas de film d'animation, mais son catalogue nous a séduits. Nous avons rencontré Martine Vidalenc et dès le premier rendez-vous, il y a eu un sentiment d’évidence. C'est la première maison que nous avons rencontrée, et elle est devenue la nôtre. Nous sommes arrivés avec les ouvrages de bande dessinée, une animatique et un dossier comprenant une note d’intention, les pitchs des premiers épisodes ainsi que notre vision du développement. Il y avait même une amorce de pré-budget et une simulation de planning. Ces documents sont devenus une base de travail. Au fur et à mesure des rencontres avec Martine et Emmanuel de MarmitaFilms, le projet s’est concrétisé. Lors de ces échanges, nous avons appris à nous connaître et ce projet est devenu celui d’une équipe.
 
D.S. – Vous avez prospecté vous-même les maisons de production. Vous êtes restés propriétaires de vos droits ?
 
L.D. – Dès le début, nous avions la volonté de développer Monsieur Lapin en bande dessinée, en application numérique et en série d’animation TV. Pour que cela soit possible, il nous était indispensable de conserver les droits seconds. Notre éditrice, les éditions des Ronds dans l’O, a compris notre démarche et nous a proposé un contrat sans que nous ayons à signer l’avenant sur les droits audiovisuels. C’est une chance car généralement l’éditeur ne s’engage pas si l’auteur ne signe pas cet avenant.
Un éditeur a pour métier principal de faire des livres et de les diffuser. Bien souvent, il ne sort pas vraiment de son cœur de métier. Généralement, l’éditeur fait un travail sur la vente des droits étrangers mais concernant l’audiovisuel il reste très passif.
On peut donc se demander pourquoi la signature de l’avenant sur les droits audiovisuels est si importante pour lui. La réponse n’est pas compliquée. Il y a peu de chance qu’un ouvrage soit adapté au cinéma ou pour une série TV mais si cela se fait, l’éditeur perçoit au minimum 50 % des recettes. C’est donc un trésor potentiel.
Toutefois, dans une période où il est de plus en plus difficile de vivre de notre seule plume, il me semble cohérent d'être libres de monter des projets « annexes » à partir de nos propres créations sans avoir à céder une part importante des revenus de ces travaux. Je trouve étonnant que les auteurs se voient privés de leurs droits « annexes » pendant toute leur vie, puis 70 ans après leur mort ! 
Pour ce qui me concerne, j’éprouve le besoin de décliner certaines de mes histoires sous toutes les formes possibles. Toutefois je sais que pour que cela existe, il faut provoquer les situations.
 
D.S. – Pourtant, il ne doit pas toujours être évident pour un auteur d'aborder son œuvre d'un œil neuf
 
L.D. – Je crois qu'une fois que l'histoire est racontée, il faut faire le deuil de ce travail. Un livre, comme une représentation de spectacle vivant, est un cadeau avec lequel le public repart. Seule l'histoire reste.
Ainsi, je ne crois pas que la bande dessinée et l'animation se nourrissent l'une de l'autre. Il y a deux étapes, d'abord écrire une histoire, puis la traduire par un médium. Ainsi dans la BD nous sommes dans un rapport actif, on tourne les pages. À la télévision, le rapport est passif. Ce rapport fond et forme me passionne. Et puis on ne s'adresse pas forcément au même public, même s'il peut se croiser parfois.
 
D.S. – Cette adaptation audiovisuelle de Monsieur Lapin vous a t-elle inspirée d'autres projets ?
 
L.D. – Oui, bien sûr, elle m'a conduit à proposer à MarmitaFilms  l'adaptation de Myrmidon, série BD pour les 3-5 ans publiée aux éditions de la Gouttière. Je réalise les bandes dessinées de Myrmidon avec Thierry Martin. Pour le projet audiovisuel, je vais réaliser seul et  Thierry va m’accompagner sur le storyboard. Myrmidon repose sur une histoire de déguisement permettant d'explorer un domaine imaginaire. Inspiré de Little Nemo, elle compte pour le moment quatre albums et réunit dans son concept même tous les ingrédients pour faire un dessin animé. Techniquement, cela sera différent de Monsieur Lapin, car le trait de Thierry est plus complexe.
 
D.S. – Vous développez tout un dispositif autour de vos séries, et notamment Monsieur Lapin. Après le livre, les applications jeux et l'animation, vous explorez l’exposition jeu ?
 
L.D. – Je me sens avant tout un raconteur. Ce qui importe c'est ce qu'on a à dire et bien utiliser la spécificité des différents médiums pour le faire.
J’ai toujours développé des expositions autour de mes ouvrages. Au début, elles avaient principalement une fonction pédagogique. Cette fois, pour garder la notion du lien adulte-enfant qui est développé dans Monsieur Lapin, l’utilisation du jeu était une évidence.
La gestion est confiée à l’association « Il était une fois… », qui permet que les auteurs perçoivent une partie des recettes des locations.  J’ai participé très activement à la création de cette structure. L’idée première est de ne pas oublier économiquement que l’auteur est une pierre de fondation des projets.
 
1. Cf Monsieur Lapin, aventure 100 % aquitaine, Éclairages n°3, page 34.

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