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15 07 2014

Christophe Pellet

Propos recueillis par Catherine Lefort


Christophe Pellet

Hervé Pons & Laetitia Daleme

Diplômé de lettres et de la Femis, auteur d’une quinzaine de textes dramatiques tous publiés à L’Arche éditeur et joués outre-Manche et outre-Rhin, Christophe Pellet vit à Berlin. La Conférence interprété par Stanislas Nordey au Théâtre du Ront-Point a fait sensation et a reçu le Grand Prix de littérature dramatique.

C.PelletCatherine Lefort – Après 15 ans de théâtre, vous avez été « rattrapé » par le cinéma. Quels ponts faites-vous entre l’écriture de théâtre et l’écriture de cinéma ?
 
Christophe Pellet – C’est la même démarche : en écrivant ou en filmant, je partage mon vécu, des sensations intimes, mes admirations… Je vais au devant des autres. C’est un acte très sentimental de partage : envie d’être aimé ou accepté par une communauté, rendre compte de mes admirations… Acte politique aussi : par la recherche sur les formes, quelles qu’elles soient et par le seul fait de prendre la parole.
 
C.L. – Dans ce « film-portrait » réalisé par Hervé Pons et Laetitia Daleme, vous dites que vous n’êtes pas militant. Pourtant votre écriture est très « politique »… Une multitude de réflexions sur la société y est très présente. Comme la question de votre rapport au monde….
 
C.P. – Je n’écris qu’à partir de ce que je vis ou ressens, dans une période où l’on doit être dans un partage global, ou l’on doit « divertir » dans tous les sens du mot : bien rigoler, ou pire : oublier le temps d’une projection ou d’une lecture qu’il n’y a pas forcément de quoi rigoler. C’est alors le divertissement imposé par les marchés. Nous ne sommes pas obligé de participer, et de fait, tout travail de création devient alors politique.
 
C.L. – Souvent dans vos films, vos personnages principaux sont des femmes. Quelles femmes ont compté pour vous, ont nourri votre écriture ?
 
C.P. – Les femmes qui ont parlé d’elles, jusqu’au scandale. La romancière Jean Rhys1 par exemple, avec son regard inouï sur l’amour maternel, le sexe, l’errance. Marguerite Duras cinéaste, qui réalisa des films phares, révolutionnaires. Chantal Ackermann, Virginia Woolf… toutes cherchent des formes nouvelles, sont dans l’urgence de dire. Si elles ne l’avaient pas fait, elles aurait été folles : enfermées. Grâce à leur urgence à dire ou à filmer, elles sont restées des folles, oui, mais en liberté, et elles ont tout bouleversé. J’aimerais bien être un fou en liberté, mais pour un homme tout est beaucoup plus simple et acceptable. Maintenant, les fous géniaux, ceux qui sont les « suicidés de la société » évoqués par Artaud, ne sont plus ni hommes, ni femmes : ils sont autrement. Entendons leurs cris de rage ou de joie et l’affirmation sereine de leur désir. Soyons attentifs à leurs formes nouvelles.

 
 
1. Auteur notamment de La prisonnière des Sargasses (Denoël, 1971, Gallimard, 2004)
 

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