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05 03 2019

Cartoon Movie 2019 : la Nouvelle-Aquitaine, une région très animée

Par Raphaëlle Chargois


Cartoon Movie 2019 : la Nouvelle-Aquitaine, une région très animée

Photo : "Vilaine fille" d'Ayce Kartal / Les Valseurs

Ce mardi 5 mars s'ouvre à Bordeaux la 21e édition du Cartoon Movie, un forum de coproduction international destiné aux professionnels du cinéma d'animation. Un événement qui révèle la richesse et la diversité de ce genre cinématographique en Nouvelle-Aquitaine.

 
Sous les lumineuses verrières du Palais des Congrès, au bord du placide lac de Bordeaux, débutent paradoxalement ce mardi trois jours d'effervescence créative : jusqu'au 7 mars, 900 professionnels du cinéma d'animation y sont rassemblés pour le Cartoon Movie. Organisé depuis trois ans dans la capitale néo-aquitaine, ce festival interprofessionnel a permis depuis sa création, en 1999, de financer plus de 328 longs métrages d'animation, pour un budget total de 2,1 milliards d'euros. C'est dire l'ampleur de l'événement, dont le principe est simple : auteurs et producteurs viennent pitcher leurs projets de films à divers stades de leur développement, devant distributeurs, acheteurs et investisseurs internationaux. Le but ? Accélérer le montage financier de projets souvent coûteux – le budget moyen d'un film d'animation tournant autour de 8 millions d'euros, quand celui d'un film traditionnel est estimé à 3 millions – ; mettre en chantier des coproductions internationales et vendre les films à l’Étranger.
 
« C'est un événement que tout le monde attend », s'enthousiasme Julien Pechberty, producteur et fondateur des Valseurs, société qui vient d'obtenir le César du Meilleur Court-Métrage pour Vilaine Fille d'Ayce Kartal.  « Pitcher un projet et avoir dans la salle quasiment l'intégralité des professionnels du cinéma d'animation, c'est un gain de temps et une opportunité incroyables ! Pour nous, c'est un événement-clé». Une opinion partagée par Emmanuel Quillet, producteur au sein de la société bordelaise Marmitafilms : « Le Cartoon Movie rassemble durant trois jours tous les acteurs du cinéma d'animation : auteurs, producteurs, distributeurs, vendeurs internationaux, diffuseurs, responsables des fonds européens, nationaux et régionaux.... Présenter nos projets devant tout ce panel de professionnels nous permet d'avoir immédiatement des retours, de nous rendre compte de l'intérêt que suscite un film et de trouver des partenaires. C'est d'une efficacité redoutable ! »
 

 

"Une filière animation extrêmement dynamique avec 40 studios et l'équivalent de plus de 1000 emplois temps pleins répartis autour d'Angoulême et Bordeaux."

 
 
Cette année seront présentés 66 projets de films en provenance de 22 pays. Parmi ceux-ci, la France, troisième plus gros producteur mondial de cinéma d'animation derrière les États-Unis et le Japon, se taille la part du lion : 22 productions présentées sont françaises, et 4 d'entre elles sont activement soutenues par la Région Nouvelle-Aquitaine et accompagnées par ALCA.
 
 

La Nouvelle-Aquitaine, une terre de créations

Ce n'est pas par hasard que cet incontournable rendez-vous du cinéma d'animation a quitté Lyon pour Bordeaux. Car depuis près de 50 ans, le festival de la bande dessinée a inscrit les arts graphiques dans l'ADN de la Nouvelle-Aquitaine. « C'est le fruit de 25 ans de travail et de la décision politique de développer les arts de l'image autour du festival de la BD d'Angoulême », analyse Christophe Jankovic, producteur fondateur de Prima Linea, sise depuis 2003 dans la capitale de la bande dessinée. « Ce développement a permis au fil des années de créer autour d'Angoulême un extraordinaire foisonnement d'activités et de métiers ayant trait au dessin. Tout cela a donné naissance au joyau de l'industrie du cinéma et de l'audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine : une filière animation extrêmement dynamique avec 40 studios et l'équivalent de plus de 1000 emplois temps pleins répartis autour d'Angoulême et Bordeaux ».
 
Une filière soutenue par une volonté politique forte. « Nous avons la chance d'avoir en Nouvelle-Aquitaine une pépite qui s'appelle Angoulême et tout l'écosystème angoumoisin du cinéma d'animation », rappelle ainsi Éric Correia, conseiller régional, délégué à l'innovation, l'économie créative et les droits culturels. « Aujourd'hui, 40 % de l'animation française se fait à Angoulême. Le fonds de soutien au cinéma et à l'audiovisuel de Nouvelle-Aquitaine est le deuxième de France : il représente 11 millions d'euros, dont 3 millions consacrés au cinéma d'animation. Avec la fusion régionale, la Nouvelle-Aquitaine est encore montée en compétences pour le soutenir, car nous considérons cette filière comme un atout majeur. »
 
La Région Nouvelle-Aquitaine soutient donc non seulement la création et la production de films d'animation mais encourage également le développement entrepreneurial des sociétés de production via l'aide aux programmes d'entreprise et le soutien à la R&D. Car le cinéma d'animation néo-aquitain est innovant et audacieux, deux caractéristiques qui lui valent une reconnaissance croissante. Ces dernières années ont donc vu le succès de films soutenus par la Région Nouvelle-Aquitaine. La Tortue Rouge a ainsi été nommée aux Oscars et récompensée au festival de Cannes 2016 dans la catégorie « Un certain Regard ». Ma Vie de Courgette a connu un succès public et critique international et obtenu de multiples récompenses, notamment à Cannes et Annecy en 2017. En 2018, de nombreux films d'animation parmi les 38 soutenus, ont également été distingués dans les festivals les plus prestigieux. Ainsi, Vilaine Fille, dont le son a intégralement été réalisé en Nouvelle-Aquitaine, a obtenu le César du Meilleur Court Métrage d'animation 2019. Une dynamique qui ne semble pas près de s'arrêter.

 

L'animation en Nouvelle-Aquitaine : un secteur d'avenir

En accueillant le Cartoon Movie, la Nouvelle-Aquitaine réaffirme sa volonté d'encourager la création sur son territoire. D’autant qu’elle soutient 4 films présentés lors de cette 21e édition : Camarades (Blick Productions), Linda veut du Poulet (Dolce Vita Films), Bonobo Joe (Magpie 6 Media et Malil' Arts Productions) et L'Extraordinaire Voyage de Marona (Aparte Films, Sacrebleu Productions, Minds Meet et Marmitafilms). Tout juste achevé et présenté en avant-première lors de l'événement, ce dernier s'inscrit dans une démarche de coproduction internationale et se distingue par son exigence créative, deux objectifs majeurs pour le développement du cinéma d'animation dans la région.
 
« L'Extraordinaire Voyage de Marona est un long métrage co-produit entre la Roumanie, la France et la Belgique, raconte Emmanuel Quillet, de Marmitafilms. Nous avons fabriqué un tiers du film ici et rassemblé une douzaine d'artistes pendant un an. La réalisatrice, Anca Damian, avait la volonté de travailler sur le mode de l'atelier, en se donnant une grande marge de liberté au niveau de l'animation. Cela impliquait de ne travailler qu'avec des animatrices et animateurs qui soient capables de comprendre les enjeux du film et d'être force de proposition, comme des acteurs de cinéma en prise de vue réelle. Dans ce mode de fonctionnement, chaque individu apporte une véritable plus value en fonction de son expérience et de son parcours. C'est parce que chaque personne se sait choisie, dans cette démarche très artisanale, que nous attirons les talents. »
 
« En s'appuyant sur la réputation d'Angoulême, on peut faire de la région un véritable leader, non seulement pour le cinéma d'animation, mais pour toute l'industrie cinématographique », se réjouit Christophe Jankovic, de Prima Linea Productions. « Il y a ici également un magnifique terreau documentaire, incarné par de nombreuses sociétés de production. À terme, la Nouvelle-Aquitaine pourrait devenir une des régions majeures du cinéma et de l'audiovisuel français. » Attirer les talents et devenir l'une des régions phares de la production cinématographique française, telles sont bien les ambitions de la Nouvelle-Aquitaine. « Notre objectif, c'est évidemment de structurer une filière cinéma en Nouvelle-Aquitaine, mais pas seulement », argue Éric Corréia. « Non seulement nous souhaitons accueillir des tournages, mais nous souhaitons aussi que l'on puisse produire depuis la région. C'est toute la filière cinéma que nous voulons développer au-delà des frontières. La Nouvelle-Aquitaine est une terre de création, d'émergence de cinéma, qui est en train de devenir une grande place internationale. »