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26 01 2018

Abordo, ode à la diversité culturelle

Propos recueillis par Laurine Rousselet


Abordo, ode à la diversité culturelle

Photo : Nicolas Rinaldi / Écla

Créée à Bordeaux en 2010, Abordo publie des textes littéraires actuels, de la poésie contemporaine. Sa ligne éditoriale défend la diversité culturelle, privilégie les écritures vivantes, ouvertes sur le monde, tout en affirmant la singularité de l’acte poétique et de l’écrit comme lieu de réflexion et d’expression esthétique. Charles Dujour, historien de l’art, écrivain, et Frédéric Paquet, professeur de théâtre, plasticien, en sont les fondateurs.

 
 
Si « Abordo » est la transcription phonétique de l’expression française « à Bordeaux », pouvez-vous nous parler du nom de vos collections ?
 
Charles Dujour, Frédéric Paquet : Effectivement, il se trouve que « ABORDO » s’entend phonétiquement « à Bordeaux », mais « ABORDO » veut surtout dire « à bord, dans le navire » selon, et encore phonétiquement, un terme nautique castillan. Nous avons cinq collections dont les plus importantes sont : Quan Garona monta, L’appel du large, La lanterne du passeur. La première, au nom gascon, se traduit en français par « Quand la Garonne monte », et rappelle l’expression « Quand la mer monte ». C’est une collection consacrée au récit poétique. L’appel du large est une invitation pour les lecteurs à découvrir de nouveaux auteurs de poésie contemporaine dans leur première publication. La lanterne du passeur existe pour la publication des textes d’auteurs disparus, mais dont la parole est toujours en résonance.
 
 
Le nombre de collections peut paraître déroutant au regard du nombre de titres imprimés : cinq collections sur vingt-cinq titres. De quel geste libre vous réclamez-vous ?
 
Ch. D., F. P. : Nous sommes seulement libres de publier la poésie que nous souhaitons défendre, libres dans nos choix de travail et libres dans l’orientation que nous souhaitons donner à notre catalogue. Le choix des librairies est crucial. Les librairies Mollat, La Machine à Lire et la Librairie Georges à Bordeaux sont précieuses à nos yeux, les librairies Ombres Blanches et Terra Nova à Toulouse, également. Nous imprimons nos livres localement (chez Pleine Page à Bordeaux‑Bacalan) et nous choisissons à cœur ouvert les manifestations littéraires auxquelles nous participons.
 
 

"Nous préférons privilégier d’autres formes d’écritures actuelles."


 
Comment envisagez-vous votre réalité dans le théâtre avec la spécificité de la collection Art'Égo&Cie ?
 
Frédéric Paquet : Cette collection est née d’un partenariat avec le collectif Bordeaux‑Nord et le théâtre La boîte à jouer, quand je travaillais pour eux comme professeur de théâtre. Cinq titres ont été publiés. C’est une aventure ponctuelle, déjà un peu ancienne. Le texte, dans un découpage conventionnel pour le théâtre, n’est pas actuellement notre priorité car nous préférons privilégier d’autres formes d’écritures actuelles.
 
 
Quels sont les livres à paraître en 2018 ? Avez-vous des rendez-vous avec le public ?
 
Ch. D., F. P. : Le 2 février 2018, nous allons présenter le numéro 5 de la collection Quan Garona monta : Le long baiser des acrobates d’Élisabeth Gaumet à la librairie Torcatis à Perpignan. Début mars, dans cette collection, nous rééditerons le numéro 2 : Le fleuve à l’envers de Carles Diaz, avec un avant-propos inédit de l’auteur. Du même auteur, Tentative verticale paraîtra hors collection, livre préfacé par Patrick Quillier. Nous travaillons aussi avec Thierry Delhourme. Deux nouveaux livres, peut-être trois, paraîtrons d’ici fin 2018. Pour la collection La lanterne du passeur, nous collaborons avec des universitaires pour une nouvelle mise en lumière d’auteurs d’autrefois. Citons, à titre d’exemples, le célèbre poète gascon, natif du Bassin d’Arcachon, Émilien Barreyre, et la poétesse Chilienne, Thérèse Willms‑Montt. Les rendez-vous à venir se dérouleront notamment au Marché des Chartrons les 3 et 4 mars, à l’Escale du livre du 6 au 8 avril, à la librairie Clareton à Béziers les 4 et 5 mai, au salon de l’Autre Livre en novembre à Paris.
 
 

"Il y a toujours une contre-réponse aux publications."

 

Dans votre collection La lanterne du passeur, pouvez-nous nous parler de l’origine de la publication de Sylves de Jean‑Joseph Rabearivelo (1901-1937), grand poète malgache d’expression française ?
 
Ch. D., F. P.  : Jean-Joseph Rabearivelo est sans conteste le plus grand poète malgache d’expression française. Premier poète moderne d’Afrique, il était aussi dramaturge, romancier, traducteur et théoricien de la littérature. En 2017, était commémorée la 90e année de sa disparition, et la 100e année de la première et unique publication de Sylves à Madagascar. Et si nous avons réédité ce recueil, ce fut également à la suite d’un heureux hasard : en octobre 2012, nous avions trouvé dans un carton, sur un marché de brocante à Bordeaux, trois des tapuscrits originaux de Sylves. Ces documents précieux sont désormais conservés aux archives du département des manuscrits modernes et contemporains à la Bibliothèque Nationale de France qui, en janvier 2017, les a reçus en qualité de donation.
 
 
Quel est pour vous le texte pour lequel vous avez pris le plus de risque ?
 
Ch. D., F. P. : Il y a toujours une contre-réponse aux publications. S’il fallait choisir un ouvrage, ce serait Monochromies de Dimitri Dezorty, qui est paru au moment de La Manif pour tous. L’auteur, qui se revendique communiste et homosexuel, a travaillé sur la forme poétique du calligramme. Ses textes sont à caractère sexuel, et ont choqué un certain public. Nous avons dû faire face à des libraires refusant de défendre l’ouvrage.
 
 
Quelles sont d’après vous les plus grandes difficultés rencontrées dans votre parcours éditorial ?
 
Ch. D., F. P. : La relation avec les librairies n’est pas toujours évidente. Et les auteurs sont parfois susceptibles. Les jeunes auteurs attendent toujours beaucoup d’une première publication, distinguant difficilement les rêves et la réalité…

 

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