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26 10 2017

À voix haute : Thomas Scotto

Propos recueillis par Romuald Giulivo


À voix haute : Thomas Scotto

Photo : Quitterie de Fommervault-Bernard / Écla

Bien qu’il se prétende un dilettante de l’écriture, Thomas Scotto a su depuis plusieurs années imposer sa voix dans le monde de la littérature jeunesse. Travaillant tout à tour dans l’album, le roman, la bande dessinée, il a construit une œuvre riche et enthousiasmante, où émotions et rires et parfois larmes se mêlent dans une émotion constante. Aujourd’hui en résidence d’écriture au Chalet Mauriac, il nous raconte ses enthousiasmes pour l’image, le texte bref et la lecture à voix haute.

 
 
Peux-tu nous présenter le projet sur lequel tu travailles actuellement?

Cette résidence a été initialement prévue dans le cadre des dix ans des éditions La maison est en carton. C’est Manon Jaillet, directrice de la Maison, qui a proposé ma venue. Je travaille actuellement sur un ouvrage pour célébrer cet anniversaire. La maison est en carton possède cette spécificité de ne publier normalement que des images, mais nous avions, il y a quelques temps déjà, fait un premier livre ensemble. Manon avait demandé en effet à chacun de ses dessinateurs de réaliser l’illustration d’une maison originale afin d’accompagner leurs biographies sur son site Internet, et elle m’a proposé un jour de penser des courts textes poétiques autour de cette collection d’images. Cette fois, pour une grande exposition visant à célébrer les dix ans de la maison, elle a commandé à tous les artistes avec lesquels elle a collaboré une image sur l’idée du temps qui passe, et est né le projet de refaire exceptionnellement un livre, avec ces productions, dans le même esprit que le précédent.
 

Comment s’est forgée ton écriture très personnelle pour le monde de la littérature jeunesse?

Je crois que l’on s’invente une écriture qui est compatible avec son mode de vie. J’écris ainsi beaucoup dans le train, car j’y suis souvent — pour les rencontres en milieu scolaire notamment. C’est peut-être pour cela que je pratique essentiellement les formes courtes — albums, romans de première lecture, etc. Même lorsque je me suis frotté à la littérature adolescente, je suis resté dans une certaine brièveté en écrivant des nouvelles. J’aimerais bien sûr un jour me lancer dans l’aventure d’un roman ample, mais peut-être n’est-ce pas finalement ma distance, ma forme d’écriture. J’aime beaucoup l’image, et le texte d’album est un domaine que je ne me lasse pas d’explorer : tu peux y dire beaucoup de choses avec très peu de mots.

J’apprécie aussi de défricher de nouvelles formes, comme nous l’avons fait par exemple avec Régis Lejonc dans Kodhja, en faisant se rencontrer bande dessinée et album jeunesse. Cette exploration s’est d’ailleurs poursuivie dans la création d’une lecture dessinée, avec laquelle nous tournons beaucoup.
 

Quel regard portes-tu sur l’évolution de la littérature jeunesse ces dernières années?

Ça fait bientôt vingt ans que j’évolue dans cet univers, et pas mal de choses ont changé il est vrai. Pour ce qui est de la publication notamment, je trouve cela de plus en plus dur. De faire aboutir les projets, et de le faire dans de bonnes conditions. Pour ce qui de l’accueil du public par contre, je suis de plus en plus enthousiaste au fil des ans. Je dois avouer que je ne suis pas un acharné du stylo, je ne nourris pas un goût immodéré pour l’écriture. Franchement, s’il n’y avait pas les rencontres, les lectures à voix haute, tout cela avec l’émotion d’un public reçue en direct, je ne sais pas si j’écrirais encore. Sans compter ces lecteurs qui, devenus adultes, reviennent vous voir, vous confient leur émoi d’enfant toujours vivace en se souvenant de certains de vos livres les ayant marqués dans leur jeunesse.

 
Quels sont tes autres projets pour le futur?

Je travaille toujours sur plusieurs textes à la fois, sans pression, sans forcément qu’un éditeur m’attende quelque part. Difficile donc de dire ce qui viendra ensuite. Kodhja par exemple, c’est un projet dont la genèse a commencé quinze ans avant sa parution.

Mon vrai projet du moment est de faire si possible de plus en plus de lectures à voix haute. J’y puise une motivation et un plaisir immense. C’est dans cet objectif notamment que je me suis associé à Cathy Ytak et Gilles Abier, deux autres auteurs jeunesse, pour créer un trio. Nous aimons intervenir ensemble pour faire entendre au public trois voix, trois sensibilités complémentaires. C’est un vrai espace pour donner à entendre et faire vivre nos textes de façon différente.

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  • Un livre au hasard
    Kodhja, avec Régis Lejonc (illustrateur)
    Thierry Magnier Albums Jeunesse

    octobre 2015 / 48 pages
    ISBN : 978-2-36474-777-7
    prix indicatif : 18.00 €


     
    Un jeune garçon s’introduit dans la mystérieuse cité de Kodhja pour y rencontrer le Roi qui, seul, saura répondre à ses questions et apaiser ses doutes. Au fil du labyrinthe de cette ville mouvante et inquiétante, guidé par un enfant malicieux et un brin narquois, il affronte ses peurs, ses colères, ses souvenirs d’enfant et revisite les lieux et émotions qui l’ont construit. Quand arrive le moment tant attendu mais aussi redouté de rencontrer le Roi, le jeune garçon devenu jeune homme décline son invitation à rester dans le royaume retrouvé de l’enfance.
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