Éditeur aquitain

24 05 2018

À Malagar, la vie et l’œuvre de François Mauriac retrouvées

Par André Paillaugue


À Malagar, la vie et l’œuvre de François Mauriac retrouvées

Photo : Centre François-Mauriac de Malagar

Malagar, Objet de roman, roman des objets, par Isabelle de Monvert-Chaussy avec des photographies de Florence d’Aboville, beau livre paru aux Éditions de l’Entre-deux-Mers, questionne l’influence de la maison de François Mauriac sur son oeuvre et sa vie.

 
Ce beau livre paru aux Éditions de l’Entre-deux-Mers alterne un texte littéraire, sous la forme raisonnée d’un inventaire foisonnant de réflexions, précisions et datations, avec en regard de magnifiques photographies, sous divers angles, du parc et des paysages, du bâtiment, ainsi que des différentes pièces et du mobilier. À cela s’ajoutent à propos, animant l’illustration iconographique au fil de la soigneuse et inventive mise en page, des photographies d’archive en noir et blanc, surtout de l’écrivain et de son épouse, de brèves citations extraites des écrits, des notes relatives entre autres à la provenance et à l’histoire des divers objets composant le mobilier et les œuvres d’art, tableaux et vaisselle qui l’accompagnent. La riche documentation évoque aussi les relations de l’écrivain avec sa famille, ses différents amis et visiteurs, souvent des peintres et des écrivains dont, parmi les plus proches et fidèles, le poète Francis Jammes et les peintres Jacques-Émile Blanche ou Jean Aufort.

 
Mieux qu’un parcours de guide touristique fixé sur le papier d’un livre, l’esthétique de la savante composition produit le sentiment diffus d’un rébus elliptique et subtil, les grandes photographies en couleur comme les différents compléments de l’iconographie renvoyant par jeu, de manière décalée d’une page sur l’autre, au contenu du texte et aux objets ou aux événements qu’il mentionne et dont il s’inspire. Ils contribuent ainsi à un commentaire motivé par le souci des liens à établir entre chacun des éléments. À la lecture, on se sent à mi-chemin d’une scrupuleuse objectivité quant aux données factuelles et d’une écriture vive, dont la subjectivité maîtrisée sait toujours conférer à l’ensemble une authentique part de méditation et de respiration poétique. Les préfaciers de l’ouvrage, investis dans la conservation des lieux et grand connaisseurs de l’œuvre, ne s’y sont pas trompés. Anne-Marie Cocula-Vaillières, présidente du Centre François-Mauriac de Malagar, nous dit du livre qu’il s’agit « bel et bien d’un manuel d’archéologie telle que nous l’entendons aujourd’hui, au fur et à mesure de découvertes matérielles qui mettent à mal et bouleversent des certitudes historiques trop bien ancrées… » Jacques Monférier, fondateur et premier président du Centre culturel qu’est devenue la propriété, nous invite, lui, à traverser l’alchimie sensible de la vie et de l’œuvre telles que façonnées par les séjours de l’écrivain. Il nous apprend que l’un des ouvrages où la maison est le plus intimement évoquée, Les maisons fugitives, doit son titre aux dernières lignes du roman de Marcel Proust Du côté de chez Swann. D’ailleurs, François Mauriac a publié en 1947 un livre s’intitulant Du côté de chez Proust, en gage de l’admiration qu’il vouait à l’auteur d’À la recherche du temps perdu. Enfin, Evelyne Bloch-Dano résume en quelques mots : « Comment rendre compte d’un lieu qui porte en soi une histoire, l’épaisseur du temps, de ces générations qui tour à tour y ont déposé leurs traces, mais se regarde aussi au présent […] ? Comment saisir le passage, de la maison à l’œuvre, des choses aux mots ? »

 

"Je ne puis concevoir un roman sans avoir présente à l’esprit, dans ses moindres recoins, la maison qui en sera le théâtre."

 
Domaine viticole avec « maison de maître », belvédère sur la vallée de la Garonne et la forêt landaise, Malagar n’était pas la résidence habituelle de la famille Mauriac. Le jeune François y passa un premier été âgé de 18 ans, en 1903. Après son mariage en 1913 et la Grande Guerre, il y séjournera autour de Pâques, en été, à la saison des vendanges, embellissant les lieux et le mobilier et y concevant ses chefs-d’œuvre, tels Génitrix et Le nœud de Vipères. Dans Le romancier et ses personnages, il écrivait : « Je ne puis concevoir un roman sans avoir présente à l’esprit, dans ses moindres recoins, la maison qui en sera le théâtre ; il faut que les plus secrètes allées du jardin me soient familières et que tout le pays d’alentour me soit connu, — et non pas d’une connaissance superficielle. »



Malagar, Objet de roman, roman des objets
Isabelle de Monvert-Chaussy            
Photographies de Florence d’Aboville
Éditions de L’Entre-deux-Mers
197 pages, 27,5 x 24 cm, septembre 2017






Centre François Mauriac : http://malagar.fr/