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05 10 2017

"Un chalet au bord des Landes est une construction pour le moins dépaysante"

Propos recueillis par Nicolas Rinaldi


Photo : Nicolas Rinaldi / Écla

Le Chalet Mauriac de Saint-Symphorien, où ont été célébrés les 29 et 30 septembre les cinq ans de ses résidences d’écritures, est un lieu chargé d’histoire. Anne-Marie Cocula, professeur émérite, ancienne présidente de l’université Bordeaux-Montaigne, présidente du Centre François Mauriac de Malagar et Aimée Ardouin, coordinatrice des résidences du Chalet, retracent la vie et leurs souvenirs de ce lieu.

 
Pouvez-vous revenir sur la riche histoire des lieux, du Chalet Mauriac et de son parc ?
 
Anne-Marie Cocula : La mère de François Mauriac devient veuve très jeune et doit s’occuper de ses cinq enfants. Elle a toujours gardé le souci de leur offrir un niveau de vie bourgeois : les Mauriac appartiennent alors à la bourgeoisie sans être pour autant assez riches pour s’installer aux Chartrons bordelais. Son fils François n’étant pas d’une santé florissante, elle décide donc de faire construire à la fin du XIX° siècle un chalet destiné à imiter ce qui se fait à Arcachon, à savoir des bâtiments aérés, censés soulager les maladies pulmonaires.
 
Aimée Ardouin : François Mauriac pouvait en effet apparaître comme un enfant chétif, nécessitant des soins et une attention particulière. Mais la construction du Chalet a aussi été motivée, simplement, par la volonté de Claire Mauriac de vivre avec ses enfants dans une maison confortable et de leur offrir le meilleur. D’ailleurs, elle a fait appel à Marcel Ormières, architecte très en vogue à l’époque : c’est lui qui a signé nombre de villas de la Ville d’Hiver d’Arcachon.
 
 
C’est une construction atypique…
 
AMC : Un chalet au bord des Landes est une construction pour le moins dépaysante, qui n’a rien à voir avec la maison typique landaise. La fin du XIX° siècle est marquée à la fois par l’essor du Bassin d’Arcachon, où s’installent de riches banquiers dont les frères Pereire, et une progression alarmante de la tuberculose notamment chez les jeunes. Toute la Ville d’Hiver d’Arcachon a ainsi été construite en vue de soigner cette maladie pulmonaire. Pour profiter pleinement de l’air présumé sain du Bassin, ont donc été érigés des chalets à la façon suisso-savoyarde.
 
AA : C’est sur ce modèle-là qu’a été construit le Chalet Mauriac : une bâtisse faite de matières nobles, comme le bois et, surtout, une architecture très aérée et lumineuse, à l’exposition irréprochable.
 
AMC : Cela n’a rien de landais et ces chalets peuvent même être opposés à la sorte de confinement que l’on retrouve dans les anciennes maisons landaises.
 
AA : Comme dans les maisons du Massif forestier landais, la façade ouest est quasiment aveugle, protégeant ainsi des intempéries et des vents qui viennent de l’océan.  La position du Chalet, construit sur une butte, n’est elle non plus pas anodine : elle offre une lumière douce et magnifique à tout l’intérieur de la maison, tout en étant un refuge, car elle est nichée au creux d’une des clairières du parc.
 

Et maintenant, ce lieu accueille des résidences de création…
 
AA : Le Chalet Mauriac est resté dans la famille de l’écrivain jusqu’en 2001, année à laquelle la Région Aquitaine a acheté la propriété à Catherine Cazenave. Nièce de François Mauriac, elle le tenait de son père, Pierre Mauriac.
 
AMC : Catherine Cazenave avait le souci que ce chalet soit préservé, conservé en l’état. Et voyant ce qu’il s’était passé à Malagar, qui était la maison de la maturité du journaliste François Mauriac, elle a souhaité faire de même avec ce lieu, principal inspirateur des romans de son oncle.
 
AA : Catherine Cazenave a toujours eu le souci de maintenir l’esprit des lieux et a ainsi refusé de nombreuses propositions de promoteurs immobiliers. La proximité qu’elle entretenait avec Jean Lacouture l’a aussi rapproché d’Alain Rousset, le président de la Région.
 
AMC : J’ai pu constater, par l’intermédiaire de mon mari, que ces trois personnes étaient très proches et que Catherine Cazenave était admirative de la volonté d’Alain Rousset de préserver l’esprit des lieux.
 
AA : Dès le rachat, en 2001, le souhait de la Région était d’en faire une résidence d’artistes.  Mais avant tout, il a fallu restaurer le lieu, objet de nombreux actes de vandalisme, et le penser comme un espace d’accueil et de travail pour les futurs auteurs. Ce fut une œuvre de longue haleine puisque les travaux n’ont pu commencer qu’en 2009, et se sont achevés fin 2012.
 
 
Des nombreux moments vécus ici, quel souvenir du Chalet vous est le plus marquant ?
 
AMC : J’ai escorté un jour, avec mon mari, Jean Lacouture et Catherine Cazenave. Sa déploration quand elle a vu, en entrant dans le chalet, l’état déplorable de l’entrée à la suite de vandalismes, m’a bouleversée.
 
AA : Avoir pu participer à la création de ce lieu de résidence a été très grisant professionnellement et une grande chance dans mon parcours. Je savoure tous les jours de travailler ici, dans ce lieu précisément, et d’accompagner les projets des auteurs qui y séjournent. Chaque résidence est précieuse et riche.
 
Mais s’il faut évoquer un souvenir, c’est vers l’enfance que je me tourne ! Un souvenir lumineux et réjouissant : avoir appris à faire du vélo dans les allées du parc, dans les rires joyeux de ma famille.

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