Entretiens > Au Chalet Mauriac 2017

28 04 2017

Faire des films pour des acteurs

Propos recueillis par Catherine Lefort


Faire des films pour des acteurs

Luc Battiston – Photo : Quitterie de Fommervault

En 2016, le réalisateur Luc Battiston a été reçu en résidence d’écriture cinématographique au chalet Mauriac pendant trois semaines éclatées entre avril et juillet. Il revient ce printemps poursuivre le travail d’écriture de son futur long-métrage, « Vadim ou la chasse à la matole », renouant avec la quiétude du chalet et le souffle inspirant de la forêt. Il évoque ici l’évolution de son projet.

Catherine Lefort – Peut-être pour commencer, pourriez-vous dire où vous en êtes et ce qu’a apporté les premières sessions de résidence ?
 
Luc Battiston – Lorsque je suis arrivé pour la première fois au chalet, j’avais des idées précises pour mon récit. Le projet était foisonnant et se déployait en de multiples bribes ou images que j’avais en tête et qui m’obsédaient. À ce stade, j’avais besoin de faire un travail de recherche : si un bout de la trame de l’histoire existait, il me fallait pouvoir incarner le projet et trouver des personnages dont je me sens proche, qui me ressemblent, me fascinent ou à contrario me dérangent. Ça a été le travail de la première résidence : chercher. Ensuite, j’ai essayé de condenser mes envies, et de retour à Paris, je suis entré dans l’écriture d’un long synopsis dans lequel j’ai bâti un fil conducteur qui retrace tout mon récit.
Au-delà du travail d’écriture, cette première résidence m’a offert de jolies rencontres, artistiquement et humainement – je pense notamment à une cinéaste de documentaire (Isabelle Solas). Pouvoir échanger sur des projets, des sujets politiques ou discuter de la vie tout simplement, est salutaire : c’est le souffle dont on a besoin. Ce qui a été très précieux ici aussi, c’est cette liberté dans le travail et dans les échanges : je peux m’enfermer pendant trois jours pour écrire et ensuite avoir besoin de voir du monde. Je fonctionne un peu comme ça, même quand je suis à Paris.
Mais ce qui est essentiel pour moi au chalet, c’est la proximité avec la nature. C’est une nécessité. Il y a une cohérence avec mon projet de film où la forêt est dominante, comme d’ailleurs dans mes courts-métrages. D’une certaine manière, la forêt est comme un personnage dans mes films.
 
« Vadim ou la chasse à la matole » est le titre de votre projet de long-métrage. Comment évolue-t-il ?
Pendant cette nouvelle résidence, j’entame une nouvelle phase d’écriture : je commence à écrire les dialogues et le scénario.
Le film est une histoire d’amour à sens unique, virtuelle, entre un chasseur landais et un objet de désir sur lequel des internautes d’un forum projettent des fantasmes.
 
Ce qui est étonnant, c’est que le socle de vos films est le questionnement autour de l’amour, de l’identité sexuelle, du désir, des fantasmes – des histoires qui pourraient se dérouler n’importe où dans le monde – mais vous, vous les implantez dans une géographie qui vous est chère : la forêt et le territoire landais…
Ceci est dû à la façon dont j’écris mes films. En tant que spectateur, j’aime souvent le cinéma  qui évoque pleinement des territoires… C’est quelque chose qui me parle. En tant que réalisateur, je ne sais pas si je suis capable de parler de lieux que je ne connais pas. Je n’en ai pas encore fait l’expérience. Je ne suis pas natif des Landes, mais je suis très attaché à ce département pour pleins de raisons. J’ai un vrai désir de filmer ce territoire, ses habitants, ce qu’ils m’inspirent et ce que je projette sur eux. Il y a des savoir-faire, des hobbies très implantés localement qui éveillent en moi une certaine fascination. Je m’en sens à la fois très proche intimement et éloigné dans mon quotidien.
Dans mon dernier court-métrage – Si la photo est bonne – le contexte était une banda du Sud-Ouest ; là, il y est question de « chasse ». J’entends par là la pratique (et le rapport à la nature), mais aussi la drague, l’animalité, etc. La notion de virilité m’intéresse et me questionne beaucoup. L’univers des bandas, de la chasse [celle des chasseurs, ndlr] incarne pour tout un chacun une forme de virilité,  de masculinité. J’aime laisser libre cours à mon imaginaire sur ce sujet, m’en amuser ou le détourner…
Si la question de l’identité sexuelle a été un outil narratif dans mon dernier court-métrage, elle n’est pas le cœur du sujet de mon projet de long-métrage. Je peux simplement dire que j’ai envie d’essayer de questionner le fantasme exutoire et amoureux.
  
Qu’est-ce qui a présidé à la décision d’un long-métrage ?
L’envie d’étayer un propos, d’essayer d’aller plus loin, la nécessité de raconter cette histoire qui ne pourrait pas se déployer dans un format plus court. 
Pour moi, l’idée d’un film est de susciter des interrogations, sans forcément apporter des réponses… Au contraire, d’essayer d’amener d’autres questions, ou d’aborder autrement des sujets qui m’animent. Le fantasme est très présent dans mes films parce qu’il y a certaines choses que je ne souhaite pas forcément vivre actuellement, mais sur lesquelles je projette des envies. Et le cinéma permet cela.
Avec ce nouveau projet, je désire être plus radical par rapport à mes courts-métrages, tout en gardant une certaine cohérence avec ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. 

Dans vos films, vous êtes très fidèle à vos acteurs. Ce sera aussi le cas pour votre nouveau film ?
Dans la genèse de mes films, il y a toujours eu un fort désir de filmer quelqu’un. Pour Amoureux solitaires, ma première envie était de filmer le territoire et de regarder jouer deux acteurs que j’aime beaucoup [Arnaud Dupont et Anna Mihalcea], l’histoire est venue après…
Pour Si la photo est bonne, j’ai co-écrit le scénario du court-métrage avec l’acteur principal, Arnaud Dupont, pour penser, construire ensemble le personnage.
J’ai envie de poursuivre cette fidélité avec certains des acteurs avec qui j’ai déjà travaillé, je pense notamment à Laetitia Spigarelli [Si la photo est bonne] et à Arnaud Dupont, qui sont des comédiens formidables et sur lesquels je projette beaucoup de choses, j’ai à nouveau envie de poser mon regard sur eux. Ensuite, il y aura un casting bien sûr. Mais d’ores et déjà, j’écris en pensant à des comédiens en particulier, mais il est encore trop tôt pour les nommer.
 
Vous imaginez votre film dans la région ?
Le film s’étend entre une ville et la campagne – idéalement les paysages des Landes. Mon imaginaire travaille plutôt dans ces coins-là, en tout cas j’inscris pour le moment mon projet ici… Avec des personnages assez marqués territorialement. Dans l’écriture, il m’est difficile de dissocier territoire et histoire.

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