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15 04 2016

Au cœur de la forêt

Propos recueillis par Christophe Dabitch


Au cœur de la forêt

Luc Battiston – Photo : Christophe Dabitch

Auteur de deux courts-métrages1 tournés à Parentis-en-Born dans les Landes, Luc Battiston est actuellement en résidence au Chalet Mauriac pour travailler sur son premier long-métrage. Il s’agit pour lui d’une première expérience de résidence d’écriture, il en espère un temps de création libéré d’autres obligations, dans un lieu cerné par une forêt des Landes qui tient une place importante dans son univers.

Christophe Dabitch – Vous avez d’abord été comédien avant de venir à la réalisation.
 
Luc Battiston – J’ai fait quelques films et des séries, en tant que comédien, pendant une dizaine d’années. Artistiquement, à part quelques expériences, notamment avec Philippe Faucon et Armand Lameloise, je ne m’y retrouvais pas. J’ai appris beaucoup de choses, il y a eu de jolis moments, mais ce n’était simplement pas ma place. En parallèle, j’écrivais sur le cinéma pour des magazines culturels, j’ai également travaillé pour la cinémathèque française sur des traductions de films étrangers. Mais, j’avais surtout envie de dire, raconter des choses, de m’exprimer différemment. C’est comme ça que j’ai réalisé voilà presque trois ans de manière assez spontanée et instinctive mon premier film, Amoureux solitaires.
 
C.D. – De manière spontanée, c’est-à-dire ?
 
L.B. – J’avais écrit un premier scénario de court-métrage, Si la photo est bonne, qui est finalement devenu mon deuxième film et dont le contenu avait totalement évolué depuis. Il nécessitait un cadre : une production et des financements. Mais j’avais la nécessité de faire un film très vite sans attendre un an ou deux. Comme le court est un lieu d’expérimentation où l’on peut essayer des choses, j’ai eu envie de me lancer, c’était une réelle nécessité. C’est aussi né d'un grand désir de regarder et filmer deux comédiens que j'aime beaucoup, Arnaud Dupont et Anna Mihalcea, et qui m'ont suivi dans cette aventure. Par ailleurs, la forêt landaise m’inspire énormément. Une amie m’a aidé à tenir la caméra, un autre ami s’est occupé du son ; c’était très improvisé, du scénario à la réalisation. Je voulais filmer, suivre mon instinct, et voir après ce que cela allait devenir. En fait, il s’est passé de très jolies choses avec ce film, en festival notamment. C’était surprenant pour moi, parce que je ne pensais pas forcément qu’il serait vu à la base.
 
C.D. – Vous dites que les lieux sont essentiels pour vous et que la forêt landaise vous inspire.
 
L.B. – Parentis est un lieu auquel je suis très attaché, j’y vais depuis plus de dix ans. C’est un environnement assez familial, très proche de moi, qui me parle, mais qui est aussi très éloigné. Dans les Landes, c’est surtout la forêt qui m’inspire. La géométrie des pins est assez fascinante. J’ai l’impression que l’on peut s'y perdre facilement. Et le sentiment de perte suscite l’imaginaire, j’y projette beaucoup de choses, beaucoup de fantasmes. C’est d’ailleurs présent dans mes deux courts-métrages. Pour résumer, le premier est la rencontre de deux solitudes, Annie, la fille légère du coin et Arthur, un garçon qui vient de perdre son compagnon. La forêt est un lieu qui ramène le personnage d’Arthur au souvenir de son amoureux. Dans Si la photo est bonne, elle est un lieu de fantasme. Le film évoque un moment de vie d'un homme, Martin, partagé entre ses pulsions et sa raison. Il est marié et est troublé par un musicien qui joue dans la même banda. Ici, la forêt devient à un moment clef du film un lieu de fantasme, onirique. J'ai essayé de transformer, de m'approprier le cliché d'un lieu de rencontres, de drague homosexuelle, pour en faire quelque chose de fantastique, presque naïf. Je voulais que ce soit joli, pas glauque.
 
C.D. – Vous arrivez juste au Chalet Mauriac, quelles sont vos premières impressions et qu’attendez-vous de cette résidence ?
 
L.B. – Je suis arrivé hier. J’ai le sentiment que le lieu se prête bien au travail. Le fait que ce soit en pleine nature me plaît. Le projet pour lequel je suis ici se passe à beaucoup dans la forêt. Au-delà de l’écriture, je pense que je vais aussi en profiter pour me balader. Cela m’inspirera, ou pas, je ne sais pas, je l’espère. À ce stade du projet, c’est très bien que je sois ici, je serai moins sollicité, je serai plus concentré je pense. Je suis ravi mais je ne sais pas du tout ce qui va en sortir, si ce genre de lieu est fait pour moi. Je ne le saurai qu’à la fin.
 
C.D. – Sans dévoiler votre projet, que pouvez-vous dire de ce long-métrage ?
 
L.B. – C’est un projet très important pour moi. Le format, la durée évoluent, je suis passé de l’idée d'en faire un moyen-métrage à un long-métrage. Je me suis rendu compte que je pouvais encore explorer un certain nombre de pistes nouvelles. C’est un film autour du fantasme qui se situera entre la forêt et la ville. Dans l’idéal, j’aimerais le tourner dans la région. J’en suis au traitement, j’ai quelques séquences écrites et des bribes.
 
C.D. – Dans le cadre de cette résidence, est-ce que vous imaginez partager avec d’autres, éventuellement faire lire ?
 
L.B. – Faire lire, actuellement, non. Je ne me sens pas prêt à ça ici. Échanger, confronter mon travail avec celui des autres, oui bien sûr. Ce qui me plait ici, à la différence d’autres résidences, c’est qu’il n’y a pas une confrontation presque quotidienne avec des consultants ou d’autres personnes. C’est un temps de liberté et de création. Un temps précieux pour moi. C’est assez important pour ce projet qui touche aussi à l’expérimental. Même dans l’écriture, je n’ai pas de cadre particulier.
 
C.D. – Vous concernant, vous dites travailler autour de l’identité sexuelle, de la solitude, du fantasme.
 
L.B. – Ce n’est pas pour définir quelque chose, mais ces trois thématiques sont présentes dans les deux courts et dans le futur long, je le constate simplement. Je n’ai pas une intention initiale d’écrire sur ces thématiques mais je me rends compte que, lorsque je pense des histoires, elles reviennent, avec des traitements différents.
 
C.D. – Le passage au long est une façon différente de travailler ?
 
L.B. – L’envie est déjà de prendre mon temps. Il y a toujours la même urgence à raconter, à dire des choses, mais dans le scénario et la forme, pour ce long, je veux prendre le temps, que ce soit le plus proche de mes désirs. J’ai envie de me permettre des choses plus radicales que ce que j’ai fait jusqu’à présent, tout en restant cohérent. L’écriture évolue plutôt bien.
 
1. Amoureux solitaires et Si la photo est bonne.

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