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10 10 2017

"Des acteurs qui contribuent pleinement à l’économie du livre"

Par Nicolas Rinaldi


Photos : Nicolas Rinaldi / Écla

À travers la Nouvelle-Aquitaine, cinq agents littéraires exercent en indépendant une profession pour beaucoup encore méconnue mais pourtant en plein essor. Cinq femmes qui s’envolent du 11 au 15 octobre pour la Foire internationale du livre de Francfort, accompagnées par Écla, le Centre du Livre et de la Lecture Poitou-Charentes et le Centre régional du Livre en Limousin.


La brume matinale se disperse à peine dans le quartier des Chartrons quand les deux associées se retrouvent à leur espace de coworking, là où elles préparent depuis plusieurs semaines la Foire internationale du livre de Francfort. "Les foires de Francfort et de Bologne sont les deux événements sur lesquels pivote toute notre année", avance d’emblée Émilie Boujon, jeune associée d’Hannele Legras, agent indépendant installée à Bordeaux, forte d’une quinzaine d’années d’expérience et qui précise que "deux mois de travail préparatoire sont nécessaires avant ces manifestations".
 
Il est donc "légitime et gratifiant" qu’Écla et les autres structures régionales du livre accompagnent ces acteurs qui ne font pas partie du contrat de filière Livre bien qu’ils "contribuent pleinement à l’économie du secteur" en assistant les auteurs et les éditeurs dans la vente des œuvres, soutient Laura Karayotov. Installée elle aussi à Bordeaux, la trentenaire donne une définition pour le moins précise de sa profession. À rebours de l’acception anglo-saxonne, elle se conçoit non comme un "agent d’auteur" mais plutôt comme un "co-agent". "Nous sommes des intermédiaires au service des éditeurs qui, eux, publient des auteurs et nous confient leur catalogue afin que nous en fassions la promotion", poursuit celle qui s’est spécialisée dans la négociation des droits en Europe centrale et orientale, ainsi que dans les pays baltes.

La cession de droits d’éditeurs français dans des pays étrangers exigeant un réseau solide, les agents ont tendance à se spécialiser en zones géographiques : l’Europe de l’Est pour Laura donc, les pays anglophones pour Hannele, quand sa jeune associée préfère travailler sur les territoires hispanophones. Arrivée en France en 2006 pour étudier, installée en 2016 en terre langonnaise après deux années passées en maison d’édition pékinoise, Weilin Hu Bellina a fait le choix de l’hyperspécialisation : elle vend les droits des livres édités par les maisons françaises en Chine et à Taïwan, et inversement. Une spécialisation territoriale mais aussi de genre puisque Weilin, à l’instar d’Hannele et Émilie, privilégie la littérature jeunesse.

Preuve s’il en faut que le métier offre aussi une grande liberté, Magalie Delobelle a décidé de ne pas se spécialiser dans un genre exclusif et collabore également avec des auteurs. Un "rôle d’accompagnement" qui consiste surtout à "décharger" ses clients des tâches administratives afin qu’ils se concentrent "pleinement sur l’écriture". À Pau depuis trois années, elle se tourne résolument vers l’international, forte d’expériences en Norvège et au Canada.

Pouvoir exercer depuis n’importe quelle ville est l’une des particularités – recherchées – du métier. "Cinq agents littéraires dans une région hors l’Île-de-France, c’est beaucoup ! Et cela s’explique sans doute par l’attractivité du territoire", avance Magalie. Des propos soutenus également par Hannele, qui a été "l’une des toutes premières à s’installer en France comme agent en indépendant". Et qui, même si elle tient à avertir les jeunes "des difficultés pour se lancer", observe aujourd’hui "l’essor certain du métier, surtout dans cette région".